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Lettre ouverte à Teclib

Monsieur le Président, Cher Pascal,

Je viens de prendre connaissance de la communication publique que vous avez décidé d’afficher sur votre site internet, par laquelle vous soutenez vigoureusement votre partenaire, la société BLUE MIND dans le conflit qui l’oppose à LINAGORA.

Vous ne mâchez pas d’ailleurs pas vos mots à l’encontre d’Alexandre : « M. ZAPOLSKY continue le discrédit de sa société en essayant de salir sa concurrence », et qualifiez notre décision de mettre à disposition du public les faits et les documents décrivants les agissements de BLUE MIND de « campagne de désinformation ».

Naturellement, votre premier réflexe en tant que partenaire et intégrateur de Blue Mind a été défendre la solution que vous avez vendue à vos clients.

Selon votre propre déclaration, vous assurez à vos clients « qu’ils n’encourent aucun risque financier ou juridique et qu’il ne doivent pas tenir compte de la campagne de désinformation actuelle ».

Dans cette « campagne », nous avons fait le choix de la transparence et de l’exhaustivité parce qu’elles étaient indispensables pour que chacun puisse se faire une conviction non sur nos seules affirmations mais en ayant en main tous les éléments du dossier.

Nous ne pouvons que remarquer qu’il existe un décalage important entre les garanties que vous apportez à vos clients utilisateurs de Blue Mind et la réelle portée des engagements que vous êtes en mesure de prendre.

Une fois la solution Blue Mind reconnue contrefaisante et donc interdite, il vous sera impossible d’en assurer le maintien chez vos clients.

Dans ce dossier, nous ne pouvons que vous suggérer de reconsidérer votre engagements auprès de vos clients après une étude plus approfondie des éléments mis à votre disposition.

Soyez certains que si notre démarche avait été motivée par le désir de désinformer, nous n’aurions jamais pris la peine et le temps nécessaires à une telle exhaustivité.

Michel-Marie MAUDET – @mmaudet

Blue Mind, un logiciel pas si novateur…

Dès sa création, le marketing de la société BLUE MIND présente son logiciel comme un travail totalement nouveau apportant une rupture technologique par rapport à l’existant.

BLUE MIND présente comme une solution de messagerie Open Source « de nouvelle génération qui apporte une solution moderne, renouveau par rapport aux solutions existantes de messagerie collaborative en terme d’ergonomie, d’architecture, de technologie et de conception. Pour le bénéfice de tous ».

Le 19 juin 2012 à son lancement au salon Solution Linux, Pierre Baudracco, PDG et fondateur de BLUE MIND, présente sa solution :

« vu que l’équipe Blue Mind est celle qui avait conçu OBM de 1998 à 2010, la première question ou une question qu’on nous pose souvent est : « ah bon vous avez fait un fork d’OBM ? ». Donc pas du tout, on a pas fait un fork d’OBM, on est repartis d’une page blanche et cela se voit clairement en termes d’architecture puisqu’on est partis sur une technologie et une architecture complètement moderne ».

Toute la communication qui suivra se fera dans la même veine.

Par exemple dans un communiqué de presse du 8 novembre 2012 : BLUE MIND affirme que « grâce à ces innovations majeures, BLUE MIND prend une longueur d’avance significative sur le marché de la messagerie collaborative »

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La réaction de LINAGORA

Entre la date de sa création en 1998 et le début de l’année 2012, OBM a requis plusieurs centaines d’années-homme de développement à l’équipe d’ALIACOM, puis d’ALIASOURCE et enfin de LINAGORA.

Il apparaissait peu probable à LINAGORA qu’à nouveau réunie au sein de BLUE MIND, cette même équipe ait pu, en seulement quelques mois, développer une solution présentée comme totalement nouvelle mais bien plus performante qu’une solution qu’ils avaient eux-même mis plus d’une décennie à concevoir.

Intriguée par les déclarations de BLUE MIND concernant l’aspect totalement innovant de sa solution, et pour en avoir le cœur net, LINAGORA a examiné et fait expertiser les codes sources de Blue Mind disponibles sur internet pour les comparer avec le code d’OBM.

Quelle ne fut pas la surprise de LINAGORA à la lecture de la note d’expertise, montrant l’ampleur et l’aspect systématique de la contrefaçon !

En effet, le rapport d’expertise a conclu :

  • à la reprise massive de code Java d’OBM par BLUE MIND1 ;
  • à la suppression totale de toute mention de paternité de LINAGORA et même de contributeurs tiers ;
  • à l’exploitation du logiciel Blue Mind sous des licences incompatibles avec les licences d’origine d’OBM, et notamment une licence commerciale2.

La page était donc très loin d’être « blanche » !

Ainsi non contents de créer une entreprise directement concurrente de LINAGORA en violation de leurs engagements de non-concurrence, les fondateurs de BLUE MIND – avec l’appui de l’ancienne équipe OBM – développaient leur propre solution logicielle sur la base d’une contrefaçon du logiciel OBM.

La reprise du code source est le fondement du modèle du logiciel et des licences libres, mais lorsque cette reprise s’accompagne de la violation de la licence libre d’origine et de la paternité de l’auteur, il s’agit d’une situation de contrefaçon que ce dernier doit obligatoirement faire cesser.


1 Monsieur Serge MIGAYRON, expert judiciaire et spécialiste de la preuve numérique, comparant les codes sources des modules deux à deux, a conclu dans son rapport ( réalisé à la demande de LINAGORA et disponible ici en version longue avec les annexes ; la version courte est disponible ici) que les modules de Blue »BM-CORE » et « EAS » étaient des reproductions serviles d’ »OBM-SYNC » et « O-PUSH » :

« ces  taux d’identité sont très élevés, ne peuvent s’expliquer par des contraintes techniques et ne laissent aucun doute quant à une origine commune des programmes comparés. Les noms des programmes sont d’ailleurs identiques dans les deux logiciels.  »

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2 A la lecture du rapport d’expertise de Monsieur Migayron on ne peut que constater que la société BLUE MIND a cru pouvoir distribuer le code produit par LINAGORA sous une licence commerciale (ou « privatrice ») étant précisé que la licence de BLUE MIND prévoit qu’elle annule et remplace tout autre contrat de licence de logiciel libre qui aurait été conclu antérieurement. En effet, les en-têtes des programmes des modules incriminés font apparaître les mentions suivantes relatives aux licences auxquelles le logiciel BLUE MIND est soumis :

« (…) Blue Mind SAS also offers commercial licenses with additional warranties, Professional functionalities or services. If you purchase a commercial License, then it supersedes and replaces any other agreement between you and Blue Mind SAS ».

dont la traduction est :

« (…) Blue Mind SAS propose également des licences commerciales avec des garanties additionnelles, des fonctionnalités professionnelles et des services. Si vous achetez une licence commerciale Blue Mind SAS, elle annule et remplace tout autre contrat entre vous et Blue Mind SAS ».

 

 

L’action en contrefaçon et en concurrence déloyale

LINAGORA agit à l’heure actuelle, devant toutes les juridictions compétentes, pour juger de la contrefaçon, de la concurrence déloyale, et des divers manquements contractuels commis de manière répétée et en connaissance de cause par BLUE MIND, ses actionnaires et ses salariés.

En effet, LINAGORA a entrepris :

  • une action devant le Tribunal de grande instance de Bordeaux en contrefaçon et concurrence déloyale à l’égard de BLUE MIND et de la société Edeal. Instrumentalisé pour les besoins de la défense de BLUE MIND, Monsieur Cataldo s’est joint à la cause (cf. Les arguments de BLUE MIND) ;
  • une action contre Pierre Baudracco et Pierre Carlier au Conseil des prud’hommes de Nanterre pour violation des clauses de non-concurrence et exécution déloyale de leur contrat de travail ;
  • une action devant le Tribunal de commerce de PARIS pour mettre en jeu la garantie d’éviction à laquelle sont tenus Pierre Baudracco et Pierre Carlier à l’occasion de la cession de leur société.

Consciente de l’extrême gravité des preuves recueillies au cours de la saisie-contrefaçon et comprenant que LINAGORA avait enfin les moyens de démontrer les manœuvres frauduleuses mises en œuvre, BLUE MIND a demandé en référé au TGI d’invalider l’assignation de LINAGORA.

Or, dans son ordonnance, le Tribunal de grande instance de Paris a intégralement débouté BLUE MIND de ses demandes visant à annuler cette assignation.

Initialement soumise au TGI de Paris, l’affaire a été renvoyée devant le TGI de Bordeaux.

Devant le TGI de Bordeaux, LINAGORA a ensuite demandé :

  • d’une part que soit ordonnée une expertise du code de Blue Mind et du code d’OBM pour confirmer la contrefaçon dénoncée par LINAGORA ;
  • d’autre part une interdiction provisoire et conservatoire d’exploitation des modules contrefaisants (OBM-SYNC et OPUSH) ;

BLUE MIND s’est bien sur opposée fermement aux deux demandes de LINAGORA.
On comprend aisément que BLUE MIND se soit opposée à la mesure d’interdiction provisoire. En revanche, il est très étonnant que BLUE MIND se soit opposée à l’expertise sollicitée par LINAGORA, occasion pour BLUE MIND de démontrer sa bonne foi.

Dans son ordonnance du 28 avril 2014, le TGI de Bordeaux a accordé à LINAGORA une mesure d’expertise conforme à ses demandes.

Concernant la mesure d’interdiction provisoire des modules contrefaits, le TGI de Bordeaux a rejeté les demandes et renvoyé une éventuelle décision concernant ce point au résultat de l’expertise accordée.
Contrairement à ce que voudrait faire croire BLUE MIND sur la page discussion de Wikipédia qui lui est consacrée, cette ordonnance ne rejette pas les demandes de LINAGORA, et le litige n’est pas clos ! En effet, une modification récente affirme (de façon mensongère) que :

« Attaquée par Linagora => Ordonnance du juge du 28/04/2014 a rejeté 100% des attaques de Linagora »

100pourcent

Comme le montre l’ordonnance du 28 avril 2014, les attaques de Linagora n’ont pas du tout été rejetées !

Ainsi le dossier judiciaire se poursuit. BLUE MIND devra s’expliquer face à un expert judiciaire sur :

  • les reprises intégrales de codes sources issus de projets tiers dont OBM et les suppressions de mentions de paternité des auteurs de ces codes source, dont LINAGORA ;
  • l’usage de licences non conformes à la licence choisie par les auteurs de ces projets (dont LINAGORA), et en particulier l’usage d’une licence commerciale.

Cette expertise sera aussi l’occasion de faire tomber les argumentations dénuées de fondements que BLUE MIND a opposées jusque là à LINAGORA.

Notre message aux acteurs de l’écosystème

LINAGORA vit depuis bientôt 15 ans dans l’écosystème de l’OpenSource, dont compétition et partage sont des principes moteurs. Il ne s’agit pas ici d’appeler au boycott d’un concurrent parce que l’innovation qu’il apporte serait meilleure ou gênante, mais bien de dénoncer le fait qu’il se livre à une activité totalement illicite, en contradiction avec les principes et valeurs du logiciel libre.

LINAGORA a conscience de la difficulté de lancer une telle initiative de transparence, compte tenu de la position qu’elle occupe dans l’écosystème, et du discours de BLUE MIND qui aime à se faire passer pour l’outsider attaqué par l’acteur historique.

Si la Communauté n’aide pas LINAGORA, cette dernière continuera à subir un grave préjudice dans cette affaire,  mais in fine c’est tout l’écosystème qui sera affecté.

Pour préserver son activité, LINAGORA n’a pas eu d’autre choix que d’engager des poursuites pour chaque délit et manquement contractuel commis par BLUE MIND, ses  actionnaires et ses salariés. Les preuves obtenues, et notamment des documents montrent clairement la mise en œuvre de la contrefaçon d’OBM ainsi qu’une volonté de nuire le plus possible à LINAGORA.

Compte tenu de ces éléments, il ne fait aucun doute que, tôt ou tard, les agissements de BLUE MIND seront stoppés et condamnés par une décision de justice.

Les usagers de la contrefaçon seront contraints d’abandonner le système de messagerie sur lequel ils avaient investi, avec toutes les conséquences financières et éventuellement judiciaires que cela implique.

Pour les acteurs de l’écosystème, les conséquences sont d’un autre ordre : nos convictions communes sont que le logiciel libre apporte plus de transparence, et oblige les développeurs à faire attention à ce qu’ils écrivent et à ce qu’ils font.

Comment continuer de nourrir de telles convictions, alors qu’il est manifeste que les développeurs de BLUE MIND peuvent fouler aux pieds les valeurs et règles du logiciel libre, non seulement sans que la communauté réagisse, mais en plus en recevant les éloges des associations de promotion du logiciel libre, abusées par leurs manigances ?!

Cette affaire doit inciter la communauté à la mobilisation à nos côtés pour défendre le droit d’auteur et les valeurs les plus élémentaires du logiciel libre qui sont aujourd’hui bafoués par BLUE MIND.